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Qu’est-ce que GeoNode et comment l’utiliser ? (1/2)

Dans le cadre d’un benchmark pour un de nos partenaires, nous avons commencé à chercher des solutions SIG alternatives aux produits déjà utilisés, et des alternatives aux produits esri. Non pas que les solutions esri ne soient pas performantes ni intéressantes, loin de là, mais dans le but de rester objectifs et d’offrir un panel d’outils suffisamment large pour que le client puisse faire un choix éclairé qui corresponde à ses besoins, nous devons regarder ce qu’il se passe dans le monde des SIG de manière générale.

Au cours de nos recherches, nous avons trouvé une plateforme très intéressante appelée GeoNode. Cet outil est un peu différent du reste car il ne s’agit pas d’un outil SIG à proprement parler, mais d’un système de gestion de contenu ou CMS (Content Management System). Pour ceux qui connaissent CKAN (Comprehensive Knowledge Archive Network), GeoNode repose sur le même objectif de gestion, de stockage et de publication de données, mais dédié aux SIG. GeoNode se présente aussi comme un support de déploiement aux Spatial Data Infrastructure (SDI) ou Infrastructures de données spatiales en français, comme geOrchestra par exemple.

1/ Description

GeoNode est construit à partir de différents blocs de technologies open-source stables et éprouvées, comme Django, GeoServer et python.

De nombreux utilisateurs dont le JRC (European Commission Joint Research Center), le Département d’Etat des Etats-Unis, ou les Caraïbes ont choisi GeoNode pour à la fois stocker leurs données, les publier et les présenter au public.

La plateforme s’installe sur Ubuntu, on peut aussi tirer une image Docker, et on peut aussi l’installer sur Windows. Nous n’avons testé que l’installation depuis une image Docker. Après quelques heures de grande solitude, car premiers essais avec Docker, la plateforme fonctionnait très bien.

Remarque : notre installation via Docker sur notre serveur ne permettant pas une connexion externe, nous allons utiliser dans les deux prochains billets du blog la version de démonstration disponible en ligne et vous montrer comment utiliser la plateforme, les aspects intéressants et les désavantages.

Si vous souhaitez comme nous installer GeoNode, et tester les aspects de développement et d’administration de la plateforme, vous pouvez l’installer directement sur votre serveur ou dans docker. Toutes les explications sont disponibles ICI.

2/ Ce que vous pouvez faire sans inscription

Accès aux données

Dans la démo, http://master.demo.geonode.org, vous pouvez accéder à une version simple d’une plateforme, avec accès aux données et à des cartes sans vous connecter.

Vous pouvez aussi chercher des données par mots-clés en utilisant la barre de recherche, ou en descendant dans la page web et en cliquant sur les icônes.

Si en tant qu’utilisateur, vous préférez avoir le détail de ce que la plateforme contient, descendez encore un peu dans la page, et le détail des données disponibles, des cartes, des documents (on peut aussi charger des documents sur GeoNode comme CKAN).

Vous pouvez aussi avoir accès aux utilisateurs inscrits sur la plateforme. Par exemple, si vous savez que la section géomatique de Tataouine les Bains partage des données, en cherchant le nom de l’administration en question vous aurez accès à tout ce qui a été mis à disposition du public.

 

Explorer les données

En tant qu’utilisateur, en cliquant sur les couches (soit par recherche, soit par sélection d’une catégorie, soit par « Featured Datasets »), vous accédez à une nouvelle fenêtre, qui vous permet d’explorer les jeux de données. Sur cette page, ce que personnellement j’apprécie, c’est la possibilité d’affiner les recherches, en utilisant des filtres (panneau de gauche), et ce dans la même page. Il n’y a pas de clics superflus, d’ouverture d’une page supplémentaire etc. Tout est simple.

Sans cliquer sur les couches, et accéder aux métadonnées, vous avez déjà une description, une date de publication, un propriétaire, le nombre de vue, si la donnée est appréciée (étoiles et partage). Vous avez aussi sur cette page la possibilité de sélectionner les couches et de faire une carte (votre propre carte !) et d’ajouter des données. Nous reviendrons sur cet aspect dans la prochaine partie, car il faut s’inscrire ou se connecter si vous avez déjà un compte.

Pour résumer, sur une seule page, en un clic ou une recherche (de la page d’accueil à la page des données) vous avez accès à de nombreux outils d’une façon fluide, simple et user-friendly.

Les formats

Vous pouvez accéder à :

  • Des shapefiles. Pour le moment c’est le seul format qui est accepté.

Les métadonnées

Vous avez maintenant trouvé une couche qui vous intéresse, et vous souhaitez avoir plus d’information. Cliquez sur la couche en question et une page complète, mais pas surchargée, s’ouvre.

Vous avez trois zones de travail et de recherche sur cette page :

  • 1) La carte. Non seulement vous visualisez la couche, mais vous avez aussi accès à des outils comme une échelle que vous pouvez choisir, un zoom, un déplacement dans la carte, la possibilité d’interroger les couches (pop-up), de choisir un fond de carte ou pas, d’afficher la légende, de mesurer et d’imprimer.
  • 2) Sous la carte, le panel vous permet d’accéder à : des informations sur la couche, aux attributs, de partager, d’avoir une évaluation de la couche et aux commentaires.
  • 3) Le panneau de droite, vous permet de télécharger la couche, de télécharger les métadonnées, d’avoir le détail des métadonnées, de créer une carte, de voir les cartes disponibles sur la plateforme qui utilisent cette couche. Vous avez aussi accès au propriétaire de la couche.

 Extrait des métadonnées

Cette page vous donne une idée des champs qui sont à remplir lorsque vous chargez des données sur la plateforme.

Si vous souhaitez télécharger la couche, en cliquant sur le bouton bleu, une fenêtre s’ouvre, vous proposant les formats images et vecteurs disponibles :

Idem que pour les métadonnées, ces formats sont choisis au moment du téléchargement et du partage des jeux de données.

Créer des cartes

Vous vous souvenez de la carte dans la page de description des données ? C’est la même que nous retrouvons ici mais à une échelle correcte pour travailler et produire une carte digne de ce nom.

Nous retrouvons donc les mêmes outils de mesure, d’identification des features, le choix des fonds de cartes. Quelques ajouts : vous pouvez chercher des couches qui sont sur la plateformes et les ajouter à la carte, vous pouvez ajouter des feeds de type Picasa, des vidéos Youtube et du GeoRSS. Vous pouvez aussi ajouter du Tiled Map Service, du WMS bien sûr, et des services REST d’ArcGIS.  

 

En cliquant sur la couche, vous pouvez afficher les propriétés de la couche : les symboles disponibles (styles), jouer avec la transparence de la couche, changer le format, mettre des échelles de visibilité etc. La sélection de la couche dans la table des contenus (TOC), active les requêtes. Evidemment, pas de SIG sans requêtes. Vous pouvez aussi mesurer des longueurs et des surfaces. Pas de géo traitement vous me direz, mais GeoNode n’est pas destiné à faire du géotraitement.

Il est aussi possible d’imprimer la carte, avec une échelle, une flèche du Nord, un titre (votre titre), une légende si nécessaire, des commentaires.

 

 

Enfin, si vous souhaitez exporter votre carte, l’enregistrer et éventuellement faire de l’édition, il vous faudra créer un compte. Pour ceux qui s’inquiètent, la plateforme est gratuite, l’inscription aussi.

3/ Les documents

De la même manière que les utilisateurs enregistrés peuvent charger des données géospatiales, ils peuvent aussi charger des documents et les publier. En tant qu’utilisateur non enregistré, vous pouvez aussi accéder à ces documents, consulter les métadonnées et les télécharger.

Dans la démo proposée, vous trouverez un .pdf et un .jpg. Comme la plateforme en ligne est une démo, vous n’accédez qu’à un nombre limité de documents et de formats. Mais au total, 23 formats de documents sont acceptés : du .doc, au .odt en passant par les formats compressés .rar et .zip, au .xml et .qml. Ces formats seront détaillés dans le deuxième épisode de notre série dédiée à GeoNode.

 

4/ Les cartes

Les utilisateurs enregistrés sur la plateforme peuvent aussi partager publiquement ou au sein d’un groupe leurs cartes. Les détails associés aux cartes sont les mêmes que ceux que vous trouvez pour les données et les documents (métadonnées, descriptions, notes, partage, téléchargement, propriétaire, commentaires).

En plus de ces informations et de ces actions, vous pouvez copier la carte et l’utiliser comme base pour faire votre propre carte, ou l’utiliser comme WMS (Web Map Service).

5/ Les petits moins

Il faut bien qu’il y en ait un peu !

La documentation

De mon point de vue, comme utilisateur-développeur et admin, je trouve la documentation parfois limitée pour aider à l’installation via docker, et même si la communauté est très active, le support pour des clients qui œuvre dans un contexte « opérationnel » est pauvre. Par exemple, le lien des tutoriels pour développeurs n’est pas actif, certaines étapes dans l’installations manquent, le support se fait par email (inscription à une mailing list) via la communauté.

Les formats

Le format pris en charge peut être restrictif pour certains utilisateurs. Tout le monde ne travaille pas en shapefile, tout le monde ne travaille pas avec les produits esri. Certains de nos partenaires utilisent MapInfo, GeoConcept, AutoCAD. Même si le shapefile est le format qui s’est imposé, il faut ajouter dans le workflow un temps de conversion des formats utilisés en natif avant de publier les données sur GeoNode.

Conclusion

Vous l’aurez compris, je suis fan de GeoNode en tout cas en tant qu’utilisateur. J’avais déjà fait des installations et des tests avec CKAN, que je trouve performant, et en découvrant CKAN j’ai trouvé une plateforme simple, user-friendly pour les utilisateurs en termes de chargement, partage et utilisation des données. Pour des partenaires qui sont aussi limités en termes de moyens financiers, GeoNode est un outil suffisant pour mettre à disposition des géodonnées au sein d’un département ou d’une compagnie.

Je trouve par contre que les parties développeur et admin pourraient être améliorées, surtout en détaillant un peu mieux les tutoriels.

Dans la perspective d’un client, utilisateur potentiel, il faut absolument comprendre que l’effort devra être mis sur la partie informatique et développement (il faut un administrateur et un développeur). Si les utilisateurs n’ont ni le temps, ni les ressources, alors GeoNode n’est pas un outil à conseiller pour une utilisation en interne.

Dans le second épisode sur GeoNode, nous verrons l’envers du décor : comment charger des données et des documents, comment partager dans GeoNode. Stay tuned !

Références

http://master.demo.geonode.org

http://geonode.org/docs/WB-GeoNodeRecommendations-160719.pdf

http://docs.geonode.org/en/master/#for-administrators

http://haitidata.org

http://geonode-rris.biopama.org

https://www.docker.com