Depuis 2014, j’ai la chance de participer au programme d’été de l’Institut Océanographique International au Canada (IOI-Canada). Pendant 8 semaines, des professeurs et militaires retraités, des enseignants, ingénieurs et techniciens en activité, prennent en charge une vingtaine de participants de tous horizons professionnels et géographiques. Le but ? Les immerger complètement dans un apprentissage poussé de la gestion et la conservation des espaces maritimes. Ces participants sont de jeunes actifs œuvrant pour la gouvernance maritime dans leurs pays respectifs, que ce soit d’un point de vue légal, administratif, ou bien en termes de gestion touristique, de gestion des pêches, du trafic maritime, des populations locales etc. Une partie de leur cursus sur ces 8 semaines est dédiée aux SIG, à l’imagerie satellitale et à un jeu de rôle grandeur nature.

Un peu d’histoire, IOI et IOI-Canada

IOI a été fondé en 1972 par Elizabeth Mann Borgese. Si ce nom vous semble familier c’est normal, Elizabeth était la plus jeune fille de l’écrivain Thomas Mann.

Professeur réputé de droit et de politique maritime, elle avait reconnu depuis bien longtemps l’importance des océans et de la gestion des ressources maritimes ; ce qui lui a valu d’ailleurs son surnom de « Mother of the Oceans ». Professeur à l’université Dalhousie à Halifax, en Nouvelle-Ecosse,
Elizabeth a fondé en 1979 une branche canadienne. Depuis 1981, ce centre reçoit tous les étés un groupe de participants venus du monde entier, pour se former et améliorer leurs connaissances et leurs compétences en termes de gouvernance maritime

Notre participation à ce programme : les cartes pour le jeu de rôle

Après mon départ de l’université Dalhousie et d’Halifax, je souhaitais continuer cette collaboration avec IOI qui me tient à cœur, non seulement parce que je suis géographe spécialisée dans la gestion des espaces littoraux et maritimes, mais d’autre part parce que le travail entamé en termes de système d’information est en train de changer la simulation à laquelle participent ces jeunes actifs.

Cette simulation, mise en place il y a presque 30 ans, repose sur la création de A à Z d’un monde à part dans lequel tout peut se passer en même temps (un accident majeur en mer, des conflits entre des populations locales et un gouvernement ne respectant pas leurs traditions, une surpêche, des touristes qui augmentent et que l’on ne sait pas gérer etc.). L’idée de créer à partir de zéro un nouveau monde, permet d’une part d’éviter les biais culturels et politiques des participants et des enseignants, et d’autre part d’avoir une vue globale de scénarii très différents qui ne pourraient pas forcément se côtoyer dans le monde réel.

En début de simulation les participants tirent au sort un rôle qui sera le leur pendant toute la durée de la simulation et devront présenter en fin de cursus leurs travaux et résultats (avec le point de vue du personnage qu’ils incarnent) lors d’un panel. Les participants peuvent se retrouver CEO d’une compagnie de pétrole, avocat, pêcheur, ou chef d’un conseil de tribus. En fonction de leurs connaissances, et de l’apprentissage en cours à IOI, ils doivent défendre leur point de vue. Chaque année les scénarii changent et tout repose sur des cartes. C’est là que nous entrons en jeu.

Le rôle des SIG dans cette simulation

Le responsable de la simulation, David N. Griffiths, et le directeur d’IOI-Canada, Michael Butler, m’ont demandé s’il était possible de faire entrer leur simulation dans le monde numérique. L’idée étant de recréer leur environnement imaginaire dans un SIG et de le faire évoluer en fonction de leurs besoins. David, comme tout bon officier de marine, avait documenté tous les pays, toutes les villes, tous les climats sur des cartes faites avec PowerPoint et Corel Draw. J’ai donc repris tous ces éléments et j’ai recréé son monde dans ArcMap. Je dois admettre qu’il est très amusant de travailler sur un monde qui n’existe pas et qui sort tout droit de l’imagination d’autres personnes.

Le monde imaginaire d’IOI-Canada, la Mer de Lambent. Chaque année des éléments nouveaux apparaissent sur les cartes selon le déroulement de l’exercice.

 

Pour mieux décrire la simulation et le rôle des SIG, j’ai demandé à David de répondre à mes questions :

1/ Quel rôle tiennent les cartes dans cette simulation ? Pourquoi sont-elles nécessaires ?

Maps provide a realistic basis for understanding all the issues that arise during the course. The course includes over 100 lectures, and exposes the participants to basic GIS concepts.

We rely on maps and visual resources in the real world. The aim is to make the exercise, as real as possible in terms of range of tools they use.

2/ Pourquoi avoir voulu faire la transition avec les SIG ?

GIS is a tool that can be used in a wide variety of activities.

3/ Qu’est-ce que les SIG ont apportés à cet exercice ?

It opened a whole new world. It can evolve with the exercise, the scenarios etc.

Managers also need to understand this kind of tools and how people use it, how long the process can be etc.

4/ Quelles sont/seraient les prochaines étapes ?

To continue building on this foundation, keep the geography and the simulation growing and adapting to the requirements of the course. Now we have a solid basis on which we can rely.

 

Cet été paraîtra un recueil d’essais en hommage à Elizabeth Mann-Borgese. Nous avons eu le plaisir avec David d’écrire un chapitre sur la simulation et l’importance des jeux de rôle dans l’apprentissage chez les adultes. Stay tuned !

Mike Butler, directeur d’IOI-Canada, David N. Griffiths, responsable de la simulation sur la gouvernance maritime.

Sources

https://www.ioinst.org

http://internationaloceaninstitute.dal.ca/brochure.pdf

http://internationaloceaninstitute.dal.ca/index.html